Comprendre l’univers des startups sans avoir poussé la porte d’un incubateur est sans doute un peu compliqué. Mais nous allons ensemble tenter de relever ce challenge. Suivez le guide!

Un monde à part.

C’est un monde où les concepts sont très américanisés. On y parle de « market fit »,  de « business canva model » , de « lean startup », etc. C’est d’ailleurs assez déroutant. On a régulièrement constaté que nos interlocuteurs, pourtant français, avaient beaucoup de mal à parler sans mettre des anglicismes dans leurs phrases. Parfois même, ces derniers n’arrivaient plus à traduire leurs idées en des termes français, alors que les concepts existent dans notre langue. Certes, le Thinclab Châlons est en partenariat avec l’université d’Adélaïde d’Australie. Mais cela n’explique pas tout.

Pour autant, parler anglais n’est pas une condition nécessaire pour entrer dans cet univers. D’ailleurs, je n’ai pas observé de profil type de l’entrepreneur. On y trouve aussi bien des chefs d’entreprises aguerris que de chômeurs à la recherche d’une reconversion. On y trouve des diplômés, et des « self-made-men ». On y trouve des entrepreneurs développant des robots ou d’autres travaillant sur des solutions de packaging.

Autre particularisme : La perception de l’échec est radicalement différente de ce qui est véhiculé dans notre éducation, et en particulier à l’école. Commettre des erreurs est, sinon encouragé, largement décomplexé. C’est un monde où l’on vous poussera systématiquement à choisir de confronter votre projet non finalisé au marché le plus vite possible, plutôt que de construire préalablement une offre aboutie.

Qu’est-ce qu’une startup?

“A startup is a human institution designed to deliver a new product or service under conditions of extreme uncertainty.” Eric Reis

Une startup est donc une entreprise dont le leitmotiv est l’innovation. Innovation rime avec « Océan Bleu » mais aussi avec risque: Le chemin n’est pas tracé. Il va falloir le construire soit même. Et les sorties de routes sont fréquentes.

J’ai constaté d’ailleurs que le taux d’échec dans cet univers est très important : après un an d’exercice, 25% des startups échouent contre 36% après deux ans, et 44% après trois ans. Alors que plus de 60% des entreprises « traditionnelles » existent après 5 ans. Et ce, malgré l’aide apportée par les incubateurs. Échouer dans la création une startup n’est pas la fin de l’aventure : nombreux sont les fondateurs qui se relancent dans un second projet avec succès. D’ailleurs les anciens porteurs de projets sont des profils particulièrement recherchés.

On y trouve un nombre important de femmes porteuses de projet, avec une certaine réussite. Pour autant, les employés de ces startups sont essentiellement des hommes. D’ailleurs, les employés des startups sont souvent de profils beaucoup moins divers que les fondateurs. Si je devais caricaturer ce que j’y vois, le profil est celui d’un homme, sorti d’école, avec un diplôme de type master.

C’est aussi une économie à part entière : beaucoup de startups fonctionnent essentiellement dans ce réseau, surtout sur le marché BtoB. En effet, ce qui est recherché par ces entreprises, c’est d’être « disruptif ». Si vous avez une idée pour casser un monopole, alors cet univers est fait pour vous. Le concept de destruction créative cher à Joseph Schumpeter y trouve toute sa place. Cette économie n’a pas les difficultés habituelles pour se financer. D’ailleurs, paradoxalement, plus le concept de l’entreprise rentre dans la définition de la « deep tech », plus le financement est important, alors que ces entreprises ont une viabilité encore plus incertaine.

Rejoindre un incubateur, c’est bénéficier d’un réseau, de formations d’expert dans leur domaine, et de conditions de travail confortables. Par ce biais, vous bénéficierez du soutien de la Banque Publique d’Investissement (BPI) et en général de financements régionaux. En effet, 3% du budget des régions est orienté vers l’aide au développement de ces nouvelles entreprises innovantes. En ce qui nous concerne, en région Champagne-Ardenne, c’est en dizaines de milliers d’euros de subvention que nous sommes soutenus dans notre projet. La contrepartie attendue, c’est l’innovation et l’emploi. Pour ce qui est de l’innovation, pour beaucoup de ces startups, j’avoue être régulièrement perplexe. Souvent il s’agit d’une « innovation d’usage ». C’est-à-dire utiliser un service différemment de son usage initial. Souvent aussi, celle-ci est présentée sous la forme d’IA (Intelligence artificielle) mais il s’agit en réalité d’une présentation bien marketée.

Pour ce qui est de l’emploi, les startups embauchent beaucoup rapidement et facilement que ce que j’ai pu constater dans les entreprises classiques. Cela étant, le formalisme du recrutement est souvent ignoré. C’est « trop prise de tête », ajoutant encore une dose d’instabilité à ces structures.

Le ThincLab de Châlons en Champagne.

Le ThincLab de Châlons nous a fait bénéficier d’une phase de préincubation. Cette période consiste à confronter les porteurs de projets à des experts afin d’avoir une première validation de leur business model.

Cette préincubation nous a permis d’appréhender l’univers des startups, et son vocabulaire :

  • Elle nous a permis de mettre sur papier notre projet sous la forme de « concept proposal », de « summary executive » ou de « pitch ». Bien « pitcher » son projet est d’ailleurs une compétence essentielle à la viabilité de sa startup. On vous forme à l’art et la manière de faire. Cela ne s’improvise pas, et paradoxalement pour un monde qui veut casser les règles, cela répond à des règles très précises. Il faut respecter précisément un délai défini très précis, prévoir une ou deux « punchlines », présenter son projet, son équipe, expliquer pourquoi la startup va réussir…
  • Elle nous a permis de rencontrer des professeurs réalisant de la recherche en entrepreneuriat, des fondateurs de startups, des experts comptables, des institutionnels. Ces multitudes d’avis et d’expériences, parfois un peu contradictoires, nous ont fait grandir de manière accélérée. L’idée de base a largement été retravaillée, parfois en réalisant plusieurs pivots simultanés.
  • Elle a permis à notre équipe de travailler et à tester notre capacité à vivre ensemble, à nous comprendre, et à faire des compromis. Cela a d’ailleurs été un des exercices les plus difficiles pour nous.

Au terme de cette expérience de 3 mois, nous étions prêts à créer l’entreprise. Nous étions en juillet : il allait falloir nous lancer.

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Catégories : Idéation

Jean-Sébastien LEFEVRE

✅J'accompagne les entrepreneurs dans la mise en place de la meilleure protection sociale en fonction de leurs besoins 🚀

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