Lundi, je reçois un appel :

– Bonjour, je suis M. … de la Tribune. Je voulais vérifier que vous seriez bien parmi nous vendredi ?

Un instant d’attente.
De quoi me parle-t-on ? Est-ce une démarche publicitaire ? À je oublié quelque chose ? J’ai beau tenter de me remémoriser mon emploi du temps, non, je ne vois pas de rendez-vous prévu vendredi.

– Je n’ai pas compris. Pouvez-vous m’expliquer la raison de votre appel ?
– Nous avons reçu votre dossier de candidature pour le concours « 10 000 startups pour changer le monde ». Votre dossier est retenu, et nous vous attendons vendredi pour le présenter à notre jury.

Nous vous avons transmis un mail, mais nous n’avions pas de réponse.

J’appelle mon associé :

– Joseph, ça te dit quelque chose « 10 000 Startups pour changer le monde » ?

Il opine du chef : Nous étions bien inscrits à un concours et 4 startups sur une 30aines venaient d’être sélectionnées dont la nôtre. Je n’avais pas eu l’information, car mon mail avait été mal orthographié et la bonne initiative de La Tribune de valider notre présence par téléphone venait de nous remettre en jeu.

La préparation au concours de pitch.

Le concours de se présentait sous la forme d’un pitch de 3 minutes et d’une séance de questions-réponses de 3 minutes aussi. Le concours aurait lieu à Strasbourg. Il nous fallait donc prévoir une journée entière, rien que pour le déplacement aller-retour.
C’est beaucoup, beaucoup d’efforts en temps et en énergie pour 6 minutes de présentations.

Mais nous sommes dans notre phase de bêta-test, et nous avons besoin d’avis et de notoriété pour améliorer encore notre solution.
Nous n’avons pourtant pas de temps : il nous fallait traiter les informations du salon des entrepreneurs, travailler à de nouveaux partenariats, et nous avions une formation prévue jeudi et vendredi matin à la Technopôle.

De plus, nous n’avions plus vraiment de pitch. Nous en avions bien travaillé un au ThincLab de Châlons, mais il était devenu caduc, notre projet ayant bien évolué. De plus, je n’avais pas été très bon, oubliant sous le coup du stress, de présenter mon associé.

Bref, pas de temps, pas de pitch, et une réserve d’énergie bien entamée. Au vu de ces paramètres, il aurait été raisonnable de ne pas y aller. Nous avons décidé exactement l’inverse : nous jouerons la carte à fond, même si nous ne serons clairement pas prêts, quoiqu’il en soit.
Lorsque nous arriverons à mercredi soir, nous n’aurions pu que trouver le temps de réaliser des pulls à notre marque pour générer une identité visuelle, et effectuer une rapide recherche sur nos concurrents.

Nous étions dans la catégorie « start », c’est-à-dire les startups réalisant moins de 100K€ de CA. Nous étions face à une startup proposant une machine pour améliorer l’hygiène dans la vente au vrac, une startup transformant en graphiques les textes de loi, et enfin une dernière proposant un service de coworking à abonnement dans des hôtels.
La « LegalStart » nous semblait être le concurrent le plus dangereux, car sa solution était claire et nous semblait offrir une vraie solution de facilitation d’accès au droit. Il avait d’ailleurs déjà été primé et était soutenu par des cabinets d’avocats.

Jeudi soir à 21H, nous n’avions que l’Elevator Pitch. Pour ceux qui ne connaissent pas ce terme, il s’agit d’une ou de deux phrases d’accroches devant susciter l’intérêt. Pas de quoi tenir 3 minutes. Créer un pitch, c’est un vrai boulot rédactionnel.
Il faut y présenter le problème que la startup se donne comme mission de résoudre. Il faut y ajouter de l’émotion, tout en restant clair et concis. Réaliser un pitch efficace est devenu un vrai business et de nombreux formateurs gagnent leur vie rien que sur cette maitrise. Il existe même des freelances pitchant en lieu et place des fondateurs de l’entreprise.

Et puis l’inspiration arriva :
21H30. Le pitch était fini. Nous avons une trame, une certaine souplesse, un message clair et efficace. La magie des deadlines…

Le jour J

7H le lendemain, la tête dans le pâté, nous étions en voiture en direction de Strasbourg. Joseph devait pitcher, mais étant le plus à même de répondre précisément aux questions, il est décidé que ce sera à moi de le faire. Je pitch une fois dans la voiture, c’est correct, sans plus, mais ça passe.
Nous arrivons sur le lieu vers 11H. Nous avons le plaisir de rencontrer l’entreprise HearFit, une entreprise troyenne spécialisée dans la rééducation auditive, portée par Ludovic DELACOUR, déjà un vétéran dans les pitchs. Son produit semble excellent, et Ludovic est à la fois convaincant, accessible, et sympathique. Une première belle rencontre.

Nous faisons une nouvelle belle rencontre avec l’entreprise Aum BioSync. Marc RIEDEL est un fondateur qui détonne dans le monde des startups. Et nous on aime ça ! Avec un look un peu métalleux, il propose une solution prédictive pour les travailleurs de nuit afin d réduire l’accidentologie. Il sait de quoi il parle, il exerce en même temps que le développement de son entreprise une activité de pompier volontaire. Autre point qui me touche particulièrement, il a construit une équipe à son image avec des profils d’handicapés reconnus autistes.

Ludovic et Marc seront sans grande surprise (pour nous) lauréats dans leurs catégories.

Au-delà du fait que ce sont des personnalités de qualités, je pense que la French Tech, et la France en général y ont gagné en valorisant leur travail.
De notre côté, nous passons les derniers. Le pitch se passe très bien. Je suis un peu stressé, mais les mots s’enchainent bien. Je me sens bon, observant de nombreux signaux d’achats. Mais malheureusement, nous terminerons seconds derrière la solution de coworking.

Nous irons à la pêche aux informations, mais celle-ci nous aura rendus un peu circonspects. On nous indique en effet à 2 reprises avoir réalisé un excellent pitch, et que notre solution est viable. Mais que nous aurions peut-être pris trop de temps à répondre aux questions. Les jurys nous informent qu’ils ont eu beaucoup de mal à nous départager avec notre concurrent et que c’est sur notre catégorie que les débats ont été les plus longs.

En fin de compte, nous apprenons que le vainqueur est à sa troisième tentative pour se qualifier, et nous comprenons qu’il a bénéficié sans doute d’une prime à la persévérance.

Je suis un mauvais perdant. On est second sur une 30aine. Mais on a perdu.

J’ai beau avoir entendu que notre pitch ne devait pas être modifié, qu’il avait vraiment plus, et qu’en conséquence, nous avions bien avancé dans la réalisation de notre projet, je garde une légère amertume de cette défaite.

Et c’est aussi l’intérêt d’être en équipe. Je vois dans les messages et dans le regard de mes partenaires qu’ils sont plutôt fiers de ce qui a été fait.
C’est sans doute cela un vrai projet d’équipe.
Merci à eux.

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Catégories : Incubation

Jean-Sébastien LEFEVRE

✅J'accompagne les entrepreneurs dans la mise en place de la meilleure protection sociale en fonction de leurs besoins 🚀

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